La naissance de Baya TV a été d’abord rendue publique sur les réseaux sociaux. Des instagrammeurs ont été chargés de faire l’éloge de cette chaîne, qui serait dédiées aux thématiques féminines. Et pour représenter la femme tunisienne, les fondateurs de Baya TV ont mis en avant une certaine Mariem Dabbagh. Une femme qui s’est fait connaitre à travers ses chroniques sulfureuses dans une émission animée par Amine Gara. Et qui n’a d’autres talents connus que son flair commercial aiguisé et les formes qu’elle fait mine d’emballer. Elle excelle également dans la provocation, les polémiques et autres crêpages de chignons.

Représentation stéréotypée

Présentée comme l’un des piliers de Baya TV, cette figure a été ainsi mise en vitrine par la chaîne. Pour faire la pub de sa nouvelle boutique, Dabbagh s’est érigée en défenseuse des femmes. Ceci a motivé par ricochet sa décision de participer à cette aventure, qui à ses dires, «encourage la femme tunisienne».  L’instagrammeuse claironne ainsi qu’elle ne défend pas les hommes. Parce que «je veux que la femme soit toujours plus forte que l’homme», balance-t-elle avec une légèreté assumée dans un entretien sur Mosaique Fm, le 6 novembre dernier.

Mais elle tient à rassurer le public en avançant qu’elle ne prétend pas représenter la femme tunisienne. « Je défends la femme tunisienne parce que, malgré tout, j’ai des origines tunisiennes. Par contre, je ne suis pas la femme tunisienne entichée de cuisine et de traditions. J’ai une mentalité européenne, je suis loin d’être une Tunisienne », a-t-elle précisé. C’est donc une femme bourrée de préjugés négatifs qui a été chargée de faire la promotion de la chaîne. Et Dabbagh a été ainsi choisie pour animer une émission, et de meubler une deuxième, sur cette même station.

Mariam Dabbagh sur Mosaique Fm, 6 novembre 2021.

Dans la même interview au sujet de sa participation à Baya TV, Dabbagh a plaidé pour les mariages arrangés et a regretté qu’ils ne soient plus de coutume. Quant à ces choix éditoriaux, elle s’est montrée très professionnelle. « Si je ne connais pas quelqu’un, je ne l’inviterai pas », déclare-t-elle. Et elle poursuit : « Je n’inviterai pas quelqu’un que je n’aime pas. Ceux qui voudraient venir sans mon invitation vont devoir payer. Ils ne pourront pas être dans mon émission gratuitement ». Au diable la déontologie journalistique.

Le parti pris de la chaîne en faveur des starlettes des réseaux sociaux et son obsession par l’apparence ne lui ont pas attiré de foudres, jusqu’à ce qu’elle s’attaque aux féministes. Une vidéo de promotion de la chaîne véhiculant un ensemble de stéréotypes sur les féministes a attiré à Baya TV les critiques du collectif Ena Zeda. Dans cette capsule, les adeptes du féminisme sont parodiées. L’instagrammeur à son origine s’arroge le droit de leur indiquer ce qu’est le féminisme tout en les appelant à prendre l’exemple sur Baya TV. La vidéo a été supprimée mais les militantes d’Ena Zeda ont décidé d’en faire un cas d’école.

De quoi Baya TV est-elle le nom ?

Dans cette sortie médiatique tonitruante de son égérie, Marwen Ratel, le fondateur de Baya TV, voit «une communication à l’américaine dont le but est de faire le buzz autour de sa nouvelle émission». La manœuvre s’inscrit dans le cadre de la liberté d’expression, s’est-t-il félicité dans un entretien avec Nawaat. Sauf que cette communication ne les a pas vraiment servis puisque la chaîne a été amenée à arrêter la diffusion suite à une mise en garde de la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA).

Dans sa décision rendue publique le 16 novembre 2021, l’instance de régulation a infligé à Baya TV une amende de 50 mille dinars pour diffusion sans licence, et ce, conformément aux dispositions du décret-loi 116 de 2011. Le communiqué de l’instance précise qu’un avertissement a été adressé à la chaîne le 11 août 2021 pour qu’elle cesse la diffusion. Des mises en garde perçues par Marwen Ratel comme étant de l’intimidation et une volonté d’étouffer son projet : « Je n’investirai plus aucun sou dans ce pays », s’est-il emporté en commentant la décision de l’instance de régulation de l’audiovisuel.